Le programme le précisait bien, « samedi 25 Juillet 2009, des sardines à Saint Jean … »
Je vois d’ici le sourire en coin de Simenon, « alors Maigret, Saint Jean le 25 Juillet, à Fontenay, en Vendée, vous ne croyez pas que ça sent la crise familiale ! ? »
Ouais, monsieur Georges, encore à se chamailler ces deux frères. Faut dire qu’avec le caractère du Jacquot … C’est pas pour rien que son patron l’appelait « le fils du tonnerre » ! Alors que le Jean, tout en douceur, un brin intello perdu dans ses pensées, toujours diplomate, avec un mot gentil pour tout le monde. Ils sont vraiment à l’opposé l’un de l’autre, c’est le jour et la nuit …
Denise s’est arrêtée, elle ne comprenait rien des paroles de son copain. Roger, asseyons nous deux minutes sur ce banc, et explique moi un peu que j’essaye de comprendre.
Roger sourit, il s’assoit à côté de Denise, devant eux, la Vendée, et sur l’autre rive, la sous préfecture. Un peu plus à leur droite, la maison où Simenon a vécu un temps. C’est une vieille histoire, dit Roger, je vais t’expliquer,
Les Sardines, comme toute fontenaisienne, tu connais, je n’insiste pas. Reste Saint Jean et le 25 Juillet. Nous sommes en 2009, et il faut remonter aux années 30 ou 35. Un certain Jean avait un frère nommé Jacques. Tous les deux ont été recrutés par le dénommé Jésus, tu connais ?
Jacques était tout d’une pièce. Aujourd’hui, on dirait qu’il était une forte tête, il était soupe au lait. Jésus l’avait surnommé Boane, ce qui voulait dire, le fils du tonnerre ! Jean, était doux et pacifique, c’était un peu le chouchou de Jésus, parce qu’il comprenait bien l’esprit de ce qu’il enseignait. Il est d’ailleurs devenu le fameux Jean, l’évangéliste, il a même écrit l’Apocalypse, un texte qu’encore maintenant, personne ne sait interpréter vraiment.
Jacques, lui, est parti sur la péninsule ibérique, essayer de convertir les peuples de la Galice. Il n’a pas vraiment réussi. Il est retourné à Rome, où il a encore braqué les esprits, si bien qu’ils ont fini par le décapiter. Il n’était véritablement ni pédagogue, ni diplomate. Un brave gars dévoué et fidèle qui se ferait tuer pour son patron … c’est ce qui est arrivé !
Toujours est-il que vers l’an 1000, les espagnols, en guerre avec les musulmans, ont comme qui dirait... réactivé Jacques, le serviteur du Christ, qui a porté la bonne nouvelle sur ces terres de Galice. Ils en ont fait le protecteur des chrétiens dans la Reconquista. Pour l’honorer, ils lui ont construit une cathédrale. C’est Saint Jacques de Compostelle. Et figures toi que la grande fête de ce lieu, Santiago de Compostela, est … ? Devine, le 25 Juillet ! Eh oui Denise, le 25 Juillet, le jour des sardines …
Quand c’est ton anniversaire, tu aimes bien avoir avec toi tes amis, ton frère, et oui, ton frère, pour fêter ça avec toi ! Et bien son frère à lui, Jean, ce jour là, il est ici, à Fontenay le Comte, loin de la Galice, loin de son frère.
Il fait la fête, et tiens toi bien, j’ai demandé à Albertine à la poste, il n’a même pas envoyé un petit courrier sympa à Jacques. Connaissant le caractère du Jacquot, ça doit chauffer à Santiago !
Tu vois Denise, le père Simenon a raison, tout n’est pas simple dans la vie de famille…
Oui, vraiment, pour qui sait voir, Fontenay est truffé d’insolite !